ANDREW FRÉDÉRICK GAULT, LE ROI DU COTON DU CANADA.


SALABERRY-DE-VALLEYFIELD EST MA VILLE NATALE ET C’EST POUR CELA QUE J’AI FAIT CETTE CHRONIQUE, POUR CETTE HOMME QUI A CONTRIBUÉ À L’ESSOR ÉCONOMIQUE DE MA VILLE, MAIS QUI NOUS A AMENÉ ÉGALEMENT DES INCONVÉNIENTS.  AUJOURD’HUI DES TRACES DE CET HOMME DEMEURENT ENCORE, COMME L’INSTITUT GAULT, LA RUE GAULT, LES VESTIGES DE L’USINE MONTREAL COTTON MILLS AINSI QUE SES FILIALES, QUE L’ONT PEUT ENCORE VOIR.  BEAUCOUP DE BÂTIMENTS HISTORIQUES ONT ÉTÉ DÉMOLIS MAIS IL EN SUBSISTENT ENCORE.

GAULT, ANDREW FRÉDÉRICK, marchand, industriel et philanthrope, né le 14 avril 1833 à Strabane (Irlande du Nord), dernier fils de Leslie Gault (Irlande 1787-Montréal 1843), marchand et propriétaire de navires, et de Mary Hamilton (Irlande 1798 -Montréal 1874).  Le 12 juillet 1864, il épousa Louisa Sarah Harman, et ils eurent une fille et un fils qui vécurent au-delà de la petite enfance, il est décédé le 7 juillet 1903 à Georgeville, Québec, et inhumé à Montréal.

M. et Mme Gault en calèche sur la rue Sherbrooke en 1899.

Leslie Hamilton Gault le fils de Matthew  devant la maison de Matthew Gault vers 1880.

Andrew Frédérick Gault, le « roi du coton au Canada », naquit dans le comté de Tyrone. Sa famille, anglo-irlandaise, était nombreuse et aisée. Ses parents eurent neuf enfants (cinq garçons et quatre filles) qui atteignirent l’âge adulte, et Andrew Frédérick était le huitième. Sa mère appartenait à l’une des vieilles familles de Donegal (république d’Irlande). Son père avait bâti à Strabane une solide entreprise de commerce qui, dans les années 1820, dominait une bonne part du marché de Tyrone et d’un ou de deux autres comtés. Peu après, il se mit à faire aussi du transport maritime. Ses navires, remplis d’émigrants, allaient au Nouveau-Brunswick et aux États-Unis, puis en revenaient chargés de bois et de céréales.

Au début des années 1840, les choses tournèrent mal pour Leslie Gault. Trois de ses navires se perdirent en mer, l’effondrement des marchés du bois et des céréales lui causa de lourdes pertes. Alors, en 1842, il fit un geste audacieux. Avec sa femme, ses sept plus jeunes enfants et une partie du capital qui lui restait, il se mit en route pour le Bas-Canada, espérant recommencer à neuf à Montréal, le foyer commercial de l’Amérique du Nord britannique. Moins de neuf mois après son arrivée, il mourut du choléra. Sa femme tomba malade et retourna en Irlande pour se rétablir. L’ainé des garçons qui se trouvait à Montréal, Mathew Hamilton, alors âgé de 20 ans prit la tête de la famille. La mort de Henry Stuart, l’ainé des enfants, en 1844, puis celle de John James, le cadet, l’année suivante, le consacrèrent dans ce rôle.

Matthew, l’aîné de la famille.

Matthew Hamilton Gault (1822-1887) l’aîné de la famile Gault. Il donna le nom de BREAHEAD à leur villa et celui de ROCKCLIFFE à leur résidence d’été de Cacouna.  Il laisse une descendance de 16 enfants dont 11 ont survécus.  Ils habitaient à Montréal dans la MAISON DUGGAN aujourd’hui au 3724, rue McTavish de 1868 à 1887. En 1879, Orrin S. Wood vendit la maison à Matthew H. Gault, qui l’occupa pendant un bon nombre d’années avant d’en faire don à l’armée pour servir d’hôpital de convalescence aux mutilés de guerre avant que M. Duggan ne l’achète.  Après la mort de M. Duggan en 1946, l’école de commerce (maintenant la faculté de gestion) de McGill y emménagea. Comme la faculté possédait déjà le pavillon Purvis, situé juste à côté, on construisit un passage entre les deux maisons. En 1975, la maison BREAHEAD subit d’importants travaux de rénovation et en 1977, la faculté d’enseignement et de formations universitaires qui manquait d’espace put s’y installer. La faculté occupe toujours cet hôtel particulier dont l’apparence n’a pas beaucoup changé même après tant d’années.

BREAHEAD EN 1890.

Salle de séjour en 1896.

En 1944.

La maison Gault rue McTavish et Avenue des Pins en 2013.  Elle est aujourd’hui l’école de commerce (faculté de gestion) de l’université McGill et un passage la relie au Pavillon Davis, juste à côté.

Le malheur continua de s’abattre sur les Gault jusqu’à la fin des années 1840. Ils subsistaient grâce à la vente de propriétés situées en Irlande, mais la faillite d’une banque montréalaise leur porta quand même un dur coup. Ils tâtèrent de l’agriculture, mais finirent par y engloutir 7 000 $. Leur horizon commença à s’éclaircir seulement, lorsque Matthew devint mandataire de deux compagnies d’assurances, en 1851, puis d’une troisième l’année suivante. On ignore tout à fait les incidences que ces évènements eurent sur la vie du jeune Andrew Frédérick. Il avait neuf ou dix ans lorsque Matthew devint chef de la famille. Il fréquenta le High School of Montreal, mais il dut peut-être le quitter avant de terminer ses études. Pendant un temps, semble-t-il, il fit de l’exploitation agricole avec les siens.

Andrew Frédérick opta pour une carrière dans les affaires, ce qui n’est guère étonnant. Il s’initia au métier dans l’entreprise de nouveautés de Walter McFarlane (MacFarlane). Puis, en 1853, il se lança dans le commerce avec un associé nommé James B. Stevenson. Leur entreprise, la Gault, Stevenson and Company, fut dissoute à la fin de 1857 ou au début de 1858. Andrew Frédérick forma alors une nouvelle compagnie avec son frère Robert Leslie Gault (1831-1895). Par la suite, un de leurs beaux-frères, Samuel Finley (1825-1903) (marié à Émily Gault soeur de Frédérick), se joignit à la Gault Brothers and Company.

Gault Brothers, rue St-Paul en 1936.

Gault Brothers, rue Craig à Montréal en 1936.

L’HÔTEL GAULT.

Gault Brothers and Co. 447-449 au coin de Sainte-Hélène et des Récollets à Montréal. Magasin-entrepôt construit pour Andrew F. Gault en 1871, en vue de loger l’entreprise Gault Brothers & Co. John James Browne, architecte. Au milieu des années 1990, le bâtiment subit d’importantes rénovations et est transformé en hôtel. L’hôtel Gault a ouvert ses portes en juin 2002.

La R. G. Dun and Company observait attentivement les efforts de Gault. En janvier 1858, les agents de cette société le décrivaient ainsi : « célibataire, environ 30 ans il en avait 24, hautement respectables bien sous tous rapports, homme d’affaires honnête, intelligent, industrieux, doué, a un capital de 25 000 $, est très prudent ». Selon ces agents, Robert Leslie était lui aussi « prudent, soigneux, honnête et digne de confiance », mais il avait seulement un capital de 3 000 $ ou 4 000 $. On ne peut guère douter que l’associé principal était Andrew Frédérick.

L’entreprise mit du temps à grossir. En 1860, son capital avait fondu et n’atteignait plus que 24 000 $, et son chiffre d’affaires se situait entre 75 000 $ et 100 000 $. En 1861, l’agence notait que les Gault avaient été « pas mal « à sec » durant tout l’automne et qu’on avait beaucoup parlé d’eux ». Les Gault sollicitaient des fonds ailleurs que dans les banques (par exemple, leur mère leur avança 8 000 $), mais, d’après les agents de la R. G. Dun, la seule solution était de « faire moins d’affaires et de se serrer la ceinture ». Les années 1862 et 1863 furent difficiles aussi. En juin 1863, la valeur nette de l’entreprise totalisait 31 000 $, selon une estimation prudente, quant au chiffre d’affaires, il se situait encore entre 75 000 $ et 100 000 $.

Dix ans plus tard, le tableau était tout différent. En 1873, la Gault Brothers and Company affichait un chiffre d’affaires de 2 millions de dollars, ce qui était 20 fois plus élevé qu’en 1863. La valeur nette de l’entreprise avait grimpé au point de se situer entre 150 000 $ et 400 000 $. Manifestement, les Gault ne s’étaient pas contentées de « faire moins d’affaires et de se serrer la ceinture ». Leur situation avait beaucoup progressé dans les deux années précédentes. Ils avaient élargi leur marché en tenant un gros inventaire, « distribuant une très grande quantité de marchandises » et «prenant de gros risques » dans tout le Canada. Après, l’entreprise continua de prendre de l’expansion et ouvrit des succursales à Manchester, en Angleterre, ainsi qu’à Winnipeg et Victoria. En 1896, elle se constitua juridiquement sous le nom de Gault Brothers’ Company Limited, son capital avoisinait alors le million de dollars. En 1922, elle installerait son siège social à Winnipeg, sa succursale alors la plus prospère.

Hommes d’affaires perspicaces, les Gault n’avaient pas raté une chance d’obtenir des rendements importants qui feraient plus que compenser leurs nombreuses petites pertes. Cette nouvelle stratégie leur apporta la richesse grâce à laquelle Andrew Frédérick put entrer au conseil d’administration de plusieurs compagnies d’assurances, banques et manufactures de cotonnades. Son frère Matthew, premier directeur administratif de la Compagnie d’assurance mutuelle sur la vie de Montréal, dite la Sun Life, de même que président de la Banque d’échange du Canada, durent lui faciliter l’accès aux conseils d’administration des banques et compagnie d’assurances, mais il ne tarda pas à faire son chemin seul. Les conseils d’administration auxquels il appartint à divers moments à compter de 1873 sont nombreux : Compagnie d’assurance mutuelle sur la vie de Montréal, dite la Sun Life, la Compagnie d’assurance global de Liverpool et Londres, la Compagnie d’assurance sur la vie Royal Victoria, la Compagnie d’assurance sur la vie, dite des Manufacturiers, la Banque d’Épargne de la Cité et du District de Montréal, la Royal Trust Company, la Banque Molson et la Banque de Montréal.

Grossiste et homme d’affaires de plus en plus important, Gault devint bien en vue au Bureau de commerce de Montréal, au conseil d’arbitrage duquel il appartint pendant un temps. Cependant, il se tint toujours à l’écart de l’arène politique : il refusa trois fois un siège de sénateur, déclina des invitations à se porter candidat au Parlement et refusa de se présenter à la mairie de Montréal. Son frère Matthew, élu deux fois aux Communes, représentait fort bien ses intérêts.

Ce fut en investissant dans la fabrication de cotonnades, industrie en pleine expansion au Canada, que Gault devint à la fois de plus en plus riche et de plus en plus renommée. Andrew Frédérick et Matthew Gault commencèrent à s’intéresser à cette industrie au début des années 1870. En 1872, Andrew Frédérick investit plus de 100 000 $ dans la construction d’une filature de coton à Cornwall, en Ontario, la Stormont Manufacturing Works. Un incendie la détruisit en 1874. L’assurance remboursa 38 000 $, mais la reconstruction de l’usine et le remplacement de la machinerie auraient couté environ 250 000 $. Le conseil municipal de Cornwall fit des « offres attrayantes » aux Gault pour qu’ils reconstruisent, concessions de taxes, promesse d’acheter des actions de la compagnie ou les deux, mais les Gault concentrèrent leur attention ailleurs. Dès 1879, cependant, ils feraient la promotion de la construction d’une nouvelle filature à Cornwall, qu’on appellerait la Stormont Cotton Manufacturing Company Limited.

Sir Hugh Allan (1810-1882).

Sir Hugh Allan est devenu président d’une entreprise de Cornwall, la Cotton Manufacturing Company Canada, en 1872, et était l’un des fondateurs de la Stormont Cotton Manufacturing Company, huit ans plus tard. Il avait aussi contribué à fonder la Compagnie cotonnière de Montréal (Montreal Cotton Mills) à Salaberry-de-Valleyfield en 1874.  Avec un dividende de 11 pour cent en 1880, 20 pour cent en 1881, et 14 pour cent en 1882, le stock de coton Montréal vendu à une prime pouvait aller jusqu’à 60 pour cent en 1881-1882.

En fait, les Gault voulaient une filature plus près de chez eux. Victor Hudon avait formé un groupe d’hommes d’affaires montréalais afin d’investir dans une société du nom de Compagnie des moulins à coton de V. Hudon, Hochelaga, qui commença à produire en 1874. Trois ans plus tard, les machines démarraient aussi à la Compagnie des cotons de Montréal, usine de 400 000 $ que James Kewley Ward avait pu construire à Salaberry-de-Valleyfield grâce à des appuis financiers. Andrew Frédérick et ses frères Robert Leslie et Matthew Gault achetèrent des actions de ces deux entreprises et entrèrent aux conseils d’administration. Dès la fin des années 1870, Andrew Frédérick était président des deux firmes, les plus grosses de l’industrie.

Victor Hudon en 1865 (1812-1897).

Parmi les actionnaires de la Montreal Cotton Mills de Salaberry-de-Valleyfield : William Hobbs, M. Bullough (Angleterre), James Ward Kewley (Montréal), Sir Hugh Allan (parts-actions), Andrew Frédérick Gault, l’honorable Rosaire Thibodeau et plusieurs autres.

M. William Hobbs (1791-1863), James Ward Kewley (1819-1910) et l’honorable Joseph-Rosaire Thibaudeau (1837-1909).

Avec un capital de départ de 500 000 $, les deux tiers par les actionnaires de Montréal et le reste par les actionnaires d’Angleterre.  En 1878, les édifices et les machineries coûtaient 400 000 $ pour 4000 $ de salaire par mois et 300 employés.  Ils passeraient à 700 au printemps 1879 et au maximum de sa capacité, l’usine emploiera 2000 employés. 

SOUVENIRS DE VALLEYFIELD

Jacques Grenier (1823-1909). Vice-président en 1874 et directeur en 1890.

Jacques Grenier est vice-président de la Compagnie des cotons de Montréal (1874) installée à Salaberry-de-Valleyfield.  Il côtoie de grands noms comme sir Hugh Allan et Andrew Frédérick Gault, surnommé le « roi du coton au Canada ».  J. Grenier est directeur de la Montreal Cotton Co. en 1890.  Il participe à la fusion de plusieurs compagnies dans le ‘textile’  dont la Compagnie des moulins à coton d’Hochelaga et la Saint Anne Spinning Co. (1885) et celle qui donnera naissance  à la Dominion Cotton Mills (1890) puis, de la Dominion Textile en 1905. 

W.E. Aerd, gérant de la Montreal Cotton Mills 1925.

John Lowe en 1930, chef comptable.

M. Gault définit la pierre angulaire de la construction de l’usine qui porte son nom, Salaberry-de-Valleyfield, Jean-Marie Léger Collection, 1900.

Montreal Cotton Mills à Salaberry-de-Valleyfield vers 1900.

Employés partant de la Montreal Cotton Mills 1964.

Employés devant la Montreal Cotton Mills.

Photo prise de la rue Dufferin vers Maden.

Ligne de pictage de la grève historique du local 100 contre la Montreal Cotton Mill en 1946.  Une coalition syndicale (union de tout les syndicats) s’est formé en souvenir de cette grève du nom de Cotton 46.

Grève de la section local 100 à l’usine de la rue Grande-Ile, endommagé après l’émeute d’août 1946.

«Salaberry-de-Valleyfield est, à l’époque, une ville de compagnie. C’est-à-dire que l’employeur exclusif, la Montreal Cotton Mills, contrôle l’économie de la ville. C’est dans ce contexte que, de 1908 jusqu’en 1946, une suite de conflits surviennent : à chaque fois, les ouvriers tentent, sans véritable succès, d’obtenir des améliorations à leurs conditions de travail exécrables.»

 

Bouteille de lait de la laiterie Moco (ensuite Belle-Vallée) de la Montreal Cotton Mills. La Compagnie qui possédait une grande ferme, était en mesure de fournir tous les produits laitiers à ses travailleurs. Après quelques années d’opération, la compagnie décida donc de fonder sa propre laiterie et lui donna le nom de laiterie « MOCO ». Ce nom était aussi celui de la marque de commerce utilisée pour ses textiles. « MOCO » vient de MOntreal COtton.

LA FERME MOCO (MOCO DAIRY MILK) 235 hectares. Fournissait les employés en lait, crème ou viande de porc.  La ferme fut construite en 1880 sur une vaste propriété de 235 acres, où l’entreprise cultivait également du maïs, de l’orge, de l’avoine et du foin, selon un plan quinquennal de rotation des cultures. Seuls les fumiers produits par les animaux de la ferme servaient à leur fertilisation.

La Ferme Moco a cessé ses opérations en 1948, l’année où la Montreal Cotton Mills était acquise par la Dominion Textile. Les installations seront vendues à l’entreprise laitière Belle Vallée, qui poursuivra ses activités jusqu’en 1957, sous la propriété de Pierre Nadeau, Gerry Philbin et Paul Charrette.

Parallèlement, les installations de la Ferme Moco ont été reprises par la compagnie Beacon Ribbon Mills qui y a établie une usine de confection de rubans, qui fut plus tard acquise par la compagnie Offray Ribbon. Cette dernière a cessé ses opérations il y a quelques années.

Si l’ancienne Ferme Moco n’existe plus, il subsiste encore la maison qu’habitait autrefois son directeur J.W. Stewart, rue Maden.

Les bâtiments qui formaient la ferme et la laiterie « MOCO » n’existent plus. Ils étaient situés au 160 rue Maden à Salaberry-de-Valleyfield. Les étables et la laiterie étaient occupées par les « Rubans Offray Canada » tandis que la grange qui reliait les deux étables a été déménagé vers les années soixante sur le boul. Mgr Langlois où elle abrite une fabrique de tuyaux de béton « Les Bétons Brunet ».

SALABERRY-DE-VALLEYFIELD, LA VILLE D’UNE COMPAGNIE.

Maisons construites à côté de l’usine pour les ouvriers de la Montreal Cotton Mills sur le boul. du Hâvre.  Elle sont toujours là aujourd’hui.

Pour comprendre l’importance de cette grève, il faut se remettre dans le contexte de l’époque. Vers la fin du XIXe siècle, la ville de Salaberry-de-Valleyfield s’est construite autour de l’usine de la Montreal Cottons Mills. Les conditions de travail y étaient particulièrement pénibles : des familles entières, femmes et enfants compris, y travaillaient six jours par semaine dans des conditions d’humidité et d’insalubrité épouvantables. Au début, les piètres salaires étaient donnés non pas aux individus, mais à la famille, selon le nombre de personnes travaillant à l’usine. On vivait dans des logements qui appartenaient à la compagnie. On achetait les provisions au magasin et le lait à la ferme de l’entreprise. Quant à l’électricité, elle était fournie par la centrale de la compagnie. Les dirigeants de l’entreprise contrôlaient, à toutes fins pratiques, l’ensemble de la ville et son conseil municipal. Lorsque les inspecteurs fédéraux visitaient l’usine, les patrons étaient avertis et faisaient cacher les enfants dans les boîtes de coton. De la haute direction jusqu’aux contremaîtres, on était unilingue anglais. La totalité des ouvrières et ouvriers, les mills hands comme on les appelaient, étaient francophones et avaient intérêt à savoir déchiffrer les ordres qu’ils recevaient en anglais.

Au cours des années 1930, la Montreal Cottons Mills de Salaberry-de-Valleyfield était devenue le château fort du consortium de la Dominion Textile. De fait, elle représentait la plus importante usine de textile au Canada. Plus de 3 000 personnes y travaillaient. De nombreux conflits et tentatives de syndicalisation ont jalonné l’histoire de l’entreprise. Les propriétaires de l’usine de Salaberry-de-Valleyfield, aidés par l’armée, la police, les juges et le clergé, avaient toujours réussi à mâter les révoltes.

Un des premiers coups de clairon de la Révolution tranquille.

En plus de la reconnaissance du syndicat de leur choix et de la conclusion d’une première convention collective, la lutte des cent jours de l’été 1946 a ouvert la voie à la syndicalisation de l’ensemble des usines de la région. Les patrons ont compris qu’il était périlleux de s’opposer à des travailleurs déterminés. La grève de 1946 a également contribué à l’essor de l’ensemble du peuple québécois en s’opposant au gouvernement, à la police et aux juges du régime de Duplessis, ainsi qu’au pouvoir du clergé et de la petite bourgeoisie locale. Les grévistes de 1946 ont sonné l’un des premiers coups de clairon annonciateurs de la Révolution tranquille. Dans les maisons des familles très catholiques des grévistes, il n’était pas rare de voir les portraits de Kent Rowley et de Madeleine Parent accrochés à côté du crucifix. Les ouvrières et ouvriers de Salaberry-de-Valleyfield ont pris leur situation en main. Ce ne sont ni les curés, ni les autorités, quelles qu’elles soient, qui sont en mesure, hier comme aujourd’hui, de leur dire quoi penser et quoi faire.

VESTIGES DE LA MONTREAL COTTON MILLS À SALABERRY-DE-VALLEYFIELD.

Voici tout ce qui reste de l’ancienne Montreal Cotton Mills maintenant l’hôtel Plaza Valleyfield, des bureaux et une résidence pour personnes âgés La Tourrellière.

À côté de l’hôtel Plaza Valleyfield, il y a des bureaux et une résidence pour personnes âgés La Tourrellière depuis 1990.  100_0179Derniers vestiges de la Montreal Cotton Mills – Salaberry-de-Valleyfield à côté du Jean-Coutu.

Montreal Cotton - Salaberry-de-Valleyfield

Derniers vestiges de la Montreal Cotton Mills – Salaberry-de-Valleyfield à côté du Jean-Coutu.

Montreal Cotton - Salaberry-de-Valleyfield
Derniers vestiges de la Montreal Cotton Mills – Salaberry-de-Valleyfield derrière le Jean-Coutu.

Foule devant le moulin Gault de la Montreal Cotton Mills en 1950.

Montreal Cotton Mills - Salaberry-de-Valleyfield

Avant la démolition des bureaux à la barrière de l’entrée de la Montreal Cotton Mills (coin devant rue Gault (clôture) vers la rue Grande-Ile) Salaberry-de-Valleyfield (photo prise rue Dufferin) en 1971

Lorsque la Politique nationale du gouvernement de Sir John Alexander Macdonald entra en vigueur, en 1879, le tarif sur la cotonnade blanchie et non blanchie passa de 17,5 % ad valorem à une moyenne de 27 %. De plus, en vertu d’un arrêté en conseil, le droit de 10 % sur les importations de machines servant à la fabrication des cotonnades ne s’appliqua pas du 15 mars 1879 au 1er octobre 1881. Les Gault étaient dans une position idéale pour profiter de ces nouvelles mesures protectionnistes.

De 1879 à 1883, les investissements dans le secteur des cotonnades connurent une augmentation spectaculaire. Selon une série d’estimations, l’industrie comprenait, en 1879, 7 usines dotées de 128 000 fuseaux et ayant une production estimée à 3 745 000 $, en 1883, elle comptait 21 usines dotées de 461 350 fuseaux et dont on évaluait la production à 10 400 000 $. En 1882, le Globe de Toronto, qui ne chérissait pas la Politique nationale, publia une série d’articles de Thomas Phillips Thompson à propos des effets du nouveau tarif sur la croissance et la rentabilité de l’industrie. Thompson rangeait les Gault et l’homme d’affaires montréalais David Morrice parmi les investisseurs qui avaient réalisé de « jolis bénéfices » mêmes « sous un faible tarif », dans les années 1870, et qui ensuite, en profitant « pleinement du nouveau tarif, qui permettait de voler l’ensemble de la population du dominion », étaient devenus des « Barons du coton ». Bon nombre d’hommes d’affaires avaient réalisé de gros profits, disait Thompson, mais Andrew Frédérick et Matthew Gault étaient « les plus riches d’entre les riches ». Les actions qu’Andrew Frédérick détenait à la Compagnie des moulins à coton de V. Hudon, Hochelaga, lui auraient rapporté un rendement de 41,5 % en 1878 (avant la Politique nationale), de 61,3 % en 1879, de 77 % en 1880 et de 82 % en 1881.

Dès 1883, toutefois, le « filon » était épuisé. Regardant l’industrie glisser vers la dépression, la presse des affaires parlait d’« orgie du coton » à propos du boum de 1879–1883. La surcroissance avait engendré une « surproduction », particulièrement dans les cotons écrus (non finis). Les principaux investisseurs, administrateurs et directeurs de l’industrie passeraient le reste de la décennie à se débattre pour réaliser un « bénéfice suffisant » sur leurs investissements, que la Politique nationale avait peut-être trop favorisés. Étant président d’usines situées à Hochelaga, Salaberry-de-Valleyfield et Cornwall, Andrew Frédérick Gault jouerait un rôle prépondérant dans cette lutte.

« C’est un truisme parmi les manufacturiers de coton, disait en 1883 le Journal of Commerce, que, si fabriquer des cotons écrus est à la portée de presque tout le monde, c’est toute autre chose que de faire de l’argent avec cette activité. » Gault recourut à trois solutions pour rentabiliser ses compagnies. Premièrement, il diversifia leur production. Ses usines d’Hochelaga et de Cornwall, par exemple, abandonnèrent les cotons écrus pour fabriquer des cotons blanchis et des cotons de couleur. Deuxièmement, il tenta de trouver de nouveaux débouchés pour les cotons écrus en poussant les exportations en Chine et au Japon (certains diraient : en y faisant du dumping). Troisièmement, il fit en sorte que les usines s’entendent pour règlementer la production, soit en formant des cartels, soit en réalisant des fusions.

Ce fut en organisant la production que Gault acquit le titre de « roi du coton » au Canada. À l’occasion de congrès sur le coton, il s’occupa d’abord de former des cartels : la Canadian Cotton Manufacturers’ Association de 1883 et un autre dont il fut président, la Dominion Cotton Manufacturers’ Association de 1886. On connait bien la difficulté que présente l’administration des cartels : les restrictions imposées à la production profitent à l’industrie dans son ensemble, mais chacune des entreprises est très tentée de tricher en offrant des prix inférieurs au minimum convenu afin de s’approprier une part beaucoup plus grande du marché. L’industriel néobrunswickois Alexander Gibson, par exemple, refusa de participer aux cartels, il préférait profiter de leurs efforts sans prendre d’engagements. On trouve en outre, dans la presse des affaires, des articles selon lesquels certaines entreprises offraient des escomptes « spéciaux » et de généreuses facilités de crédit pour masquer leurs infractions aux règles des cartels. Bien que ces derniers aient peut-être réussi pendant un temps (en 1886, semble-t-il) à réduire la production et à faire monter les prix, Gault était convaincue, dès 1889, que les fusions étaient la seule véritable solution.

Gault et Morrice organisèrent deux fusions d’envergure. La première eut lieu en 1890 et donna naissance à la Dominion Cotton Mills Company Limited, qui rassemblait sept entreprises produisant principalement des cotons écrus. Deux autres entreprises s’y ajoutèrent l’année suivante. La deuxième fusion se fit en 1892. Elle déboucha sur la création de la Canadian Colored Cotton Mills Company Limited, qui rassemblait sept entreprises dans lesquelles les cotons de couleur constituaient une forte portion de la production. En plus, par des ententes de mise en marché, la Canadian Colored Cotton Mills Company acquit le droit de fixer le volume de production de deux compagnies en principe indépendantes, dont celle de Gibson. Ces fusions transformèrent la structure de l’industrie. En 1888, avant qu’elles ne surviennent, le coefficient de concentration de l’industrie, c’est-à-dire la capacité de production des fuseaux installés dans les quatre plus grandes entreprises, était de 52,2 %, et une autre mesure du risque de collusion dans la fixation des prix, l’indice de Herfindahl, était de 0,11. En 1892, le coefficient de concentration était passé à 97,6 % et l’indice de Herfindhal, à 0,30.

Donc, comme l’a dit l’historien Michael Bliss, « pendant la plus grande partie des années 1890, les deux entreprises résultant d’une fusion : la Dominion Cotton Mills Company Limited et la Canadian Colored Cotton Mills Company, furent en mesure de règlementer les prix et la production dans l’industrie ». Gault, qui avait alors atteint la soixantaine était au faite de sa carrière d’homme d’affaires. Il occupait la présidence des trois plus grosses entreprises de cotonnades du Canada : la Dominion Cotton Mills Company, la Canadian Colored Cotton Mills Company et la Montreal Cotton Company. Selon le Canadian Magazine, les usines de ces sociétés « foisonnaient entre Brantford, au centre de l’Ontario, et Halifax, au bord de la mer ». Pour affronter la nouvelle concurrence, on réaliserait une autre fusion importante en 1905, après la mort de Gault, cette fusion donnerait naissance à la Dominion textile Company.

Celui que les agents de la R. G. Dun avaient qualifié de « jeune homme hautement respectable » était devenu, d’après le Canadian Magazine, « plus que deux fois millionnaire » et présentait la particularité d’être « une sorte d’industriel fort exotique, un roi du coton au Canada ». Naturellement, ses contemporains attribuaient sa réussite à son « énergie », à sa « force de caractère naturelle », à son « talent manifeste », à son « instinct des affaires » ou à d’autres qualités personnelles. En outre, ils le disaient « aussi doué pour la bataille que pour l’amitié ». En voyant ses portraits, on n’a aucune difficulté à croire qu’il était parvenu au sommet grâce à sa seule volonté : grand, bien fait et sûr de lui, la moustache fournie et la mâchoire carrée, il avait l’allure d’un boxeur professionnel. D’ailleurs, selon la légende familiale, si ses portraits le présentent toujours de trois quarts, le côté gauche du visage tourné vers l’objectif, c’est parce que son oreille droite portait des cicatrices. Il avait surpris un cambrioleur dans sa résidence de Montréal et s’était battu contre lui.

Ce fut dans l’industrie des cotonnades que Gault se fit connaitre comme « un grand organisateur », comme l’administrateur inventif de plusieurs entreprises et groupes d’entreprises. Il ne mit pas l’industrie sur pied, mais il la transforma. Il ne s’occupait pas des aspects techniques de la production. En 1888, devant la Commission royale d’enquête sur les relations entre le capital et le travail, il répondit ainsi à une question sur sa participation à la gestion de la filature d’Hochelaga : « Quant à l’administration intérieure de l’usine, je ne m’en occupe nullement, je veux dire d’une manière active. » Les conditions de travail qui régnaient dans les filatures choquaient parfois les membres de la commission. Gault abordait ces sujets, comme un auteur contemporain l’a noté, « d’un esprit calme, avec philosophie ». Comme on lui demandait s’il avait ou non dit à un journal montréalais que les enfants employés dans ses usines avaient « de trop longues journées de travail », il répliqua : « J’ai dit qu’il était dommage qu’ils eussent à travailler si longtemps. »

Gault exerça son activité non seulement à la Gault Brothers and Company, dans l’industrie du coton et dans les conseils d’administration de compagnies d’assurances et de banques, mais aussi dans un bon nombre d’autres entreprises. On peut citer par exemple l’Association des commis voyageurs de la puissance (1875), la Farnham Beet Root Sugar Company (1879), la Corriveau Silk Manufacturing Company (1883), la Citizens Gas Company of Montreal (1883), la Globe Woollen Mills Company Limited (1887), la Canadian Woolen Mills Limited (1887), la Campbellford Woolen Mills Company (1887), la Crescent Manufacturing Company (1896), la Havana Electric Tramway Company (1898), la Boas Manufacturing Company (1900) et la Trinidad Electric Light and Tramway Company (1901).

Par ailleurs, Gault consacrait ses énergies et sa fortune à sa famille, à l’Église d’Angleterre et à la collectivité. En 1864, il avait épousé Louisa Sarah Harman, fille de Henry B. Harman du Surrey, en Angleterre. Seulement deux de leurs enfants atteignirent l’âge adulte : Lillian Mary Louisa (1877-1954), née en 1877, et Andrew Hamilton, né en 1882. Les Gault eurent aussi cinq enfants mort-nés (quatre garçons et une fille) et deux garçons qui moururent en très bas âge. Selon la tradition familiale, Gault espérait tellement avoir un héritier, un fils en bonne santé, qu’il promit à l’évêque de Montréal, William Bennett Bond, que, si Dieu lui accordait cette faveur, il fournirait un immeuble pour le Montréal Diocesan Theological College. Gault remplit sa promesse. Cette histoire ne manque pas d’intérêt, mais est peut-être apocryphe, car l’immeuble fut acheté en 1881 et le fils de Gault naquit en 1882. Ce dernier n’avait pas la passion des affaires comme son père. Dès qu’il le put, Andrew Hamilton Gault fit carrière dans l’armée, où il accéda au grade de brigadier, il fit aussi de la politique, à titre de député en Angleterre. Peut-être est-il connu surtout parce qu’il utilisa la fortune paternelle pour lever le Princess Patricia’s Canadian Light Infantry, un des plus fameux régiments de la Première Guerre mondiale.

LOUISE SARAH HARMON GAULT  (1847-1937) ET LA PETITE FAMILLE VERS 1890.

Lilian Mary Louisa Gault (Montréal 1877 – Irlande 1954).  Mariée le 2 juillet 1901 au Capitaine Percival George Réginald Benson  (1872-1963) de Peinghton, Devonshire, Angleterre, ils eurent un fille Doris Lilian Benson (1902-1995) mariée à Graham Gadsden  et qui eurent un fils Peter John Gadsden.  Un fils Clive Gault Benson (1904-1961) marié à Judith Margaret Dawson en 1935.

L’honorable Andrew Hamilton Gault (1882-1958). Brigadier-général dans le régiment d’infanterie légère de la Princesse Patricia et membre du Parlement du Royaume-Uni.  Il légua son domaine du Mont-Saint-Hilaire (Réserve naturelle Gault) à l’Université McGill.

En 1904, après une brève aventure, il a épousé en première noce, l’une des héritières du Golden Square Mile, Marguerite Claire Stephens (? – 1935), fille de l’hon. George Washington Stephen et sa seconde épouse était Élizabeth McIntosh.

Mlle Marguerite Stephen Gault sa première épouse vers 1912.

En 1918, Gault a divorcé de sa première femme, à cause de ce qu’il pensait être une aventure avec un jeune officier de son régiment lors de sa convalescence. Marguerite a toujours affirmé que ce n’était rien de plus qu’un flirt inoffensif et beaucoup  en ont convenus. Gault a échoué dans sa procédure de divorce devant le Sénat du Canada (le seul recours alors possible pour les résidents du Québec). Leur divorce a finalement été réglée dans les plus tribunaux français plus cléments. Ensuite, elle a été brièvement mariée à l’aviateur italien le colonel Luigino Falchi. 

En 1920, sa nouvelle fiancée, Mme Kathleen (Newberry) Blackader (veuve de l’un des cousins ​​de Gault et autres officiers de l’PPCLI, le capitaine Gordon Accueil Blackader, de Montréal) est morte quand la voiture que Gault conduisait a dérapé et s’est renversé. Elle a été piégé en-dessous et il a été incapable de la libérer. Sa fille, Margaret Patricia Blackader (1913-2002), est devenue sa pupille.

Lady Waleran et son deuxième mari Rex Morley Hoyes.

Lady Waleran (Montréal 1913-Nassau 2002), Mlle Margaret Patricia Blackader anciennement de Montréal. Orpheline dès son jeune âge, elle était la fille adoptive du lieutenant-colonel Andrew Hamilton Gault et a grandie pour être un mondaine populaire et belle. Elle a épousée un pair du Devonshire, Lord William George Hood Waleran (Walrond), 2ème BaronWaleran (1905-1966) à l’âge de 19 ans en 1932, mais elle a divorcée deux ans plus tard. Elle a ensuite épousée un homme d’affaires de Nouvelle-Zélande, Rex Morley Hoyes en 1935 et, ensemble, ils ont acheté Marwell Hall près de Winchester et ils l’ont convertit en aérodrome pendant la Deuxième Guerre mondiale. Patricia était contrôleure aérien et également fondatrice du Malcolm Clubs, un endroit ou les aviateurs du monde entier pouvaient se rassembler et socialiser. Ici, elle est photographiée au début de son premier mariage avec son chien, appelé, nom plutôt inappropriée, Black Sambo. Date: Juillet 1933.

Marwell Hall.  Marwell Hall Estate est maintenant le Zoological Wildlife Park avec trois belles salles de réception utilisé pour des réceptions, conférences et des séminaires.

En 1922, il a épousé Dorothy Blanche Shuckburgh, de Hatch Court, Somerset. Elle était la fille de C.J. Shuckburgh, anciennement de Hatch Court, et ​​une petite-fille du défunt R.H. Shuckburgh J.P., qui dans sa vie a vécu à Bourton Hall, Warwickshire. Elle est morte à la Hatch Cour en 1972.

Hatch Court, Somerset, Angleterre construit en 1755.  Il abrite un musée militaire en l’honneur d’Andrew Hamilton Gault.

Gault mourut au Mont-Saint-Hilaire, le 28 novembre 1958. Suite à des funérailles militaires avec tous les honneurs à Montréal, il a été enterré en Angleterre à son ancienne maison, Hatch Court. 

L’OEUVRE DE ANDREW HAMILTON GAULT.

 

Dévoilement d’une plaque honorant le don de M. Andrew Hamilton Gault (à gauche le chancelier Howard Irwin Ross et à droite Dorothy Blanche Shuckburgh Gault (1899-1972) la deuxième épouse de M. Gault) – Archives de McGill.

UNIVERSITÉ MCGILL – RÉSERVE NATURELLE GAULT

Pour information : info.gault@mcgill.ca

En 1913, la montagne est vendue à un officier britannique, le brigadier Andrew Hamilton Gault, richissime aventurier et fondateur du célèbre régiment canadien d’infanterie légère Princesse Patricia. (PPCLI).

Adepte de la nature, Gault se réjouit de ce que la montagne regagne ses droits. Il veut que les gens viennent pêcher, se promener à cheval, se balader sur les chemins des érablières abandonnées. Il interdit toutefois la coupe de bois et la chasse. Même les ratons laveurs qui affectionnent ses ordures s’en tirent indemnes.

Pour garder la montagne en l’état, il luttera contre les projets de développement commercial (prospection d’uranium et de diamants, notamment) et immobilier. Par exemple, il fera échec aux tentatives faites pour exproprier ses terres afin d’y aménager des sablières.

En 1947, il se fait construire un petit chalet au bord du lac Hertel, en attendant le manoir en pierres qui sera sa maison de retraite. Maison qu’il occupera pendant à peine quelques mois avant de s’éteindre le 28 novembre 1958. C’est la maison Gault d’aujourd’hui, devenue salle de réception.

Gault a légué « le plus précieux » de ses biens à l’Universtié McGill, pour qu’elle poursuive son œuvre de conservation. En collaboration avec le Centre de la Nature Mont Saint-Hilaire, c’est elle qui administre la Réserve naturelle Gault d’aujourd’hui.

Pendant la deuxième moitié du XXème siècle, la montagne demeure tiraillée entre les projets de développement et la volonté de conservation de l’université et de groupes de citoyens. De nombreuses désignations officielles viennent consolider cette dernière option.

En 1999, la ville de Mont Saint-Hilaire choisira la conservation en bonne et due forme en devenant partenaire de la Réserve de biosphère. Depuis, elle collabore avec le Centre de la Nature Mont Saint-Hilaire, notamment pour protéger le périmètre de la montagne.

__________________________________________________________________________________________________________________

Pour sa famille, Gault fit bâtir vers 1875 une résidence appelée ROKEBY, à l’angle des rues Sherbrooke et Mountain. Œuvre de l’architecte montréalais John James Browne, elle était de style « manoir écossais » et arborait « des créneaux médiévaux, des tours et des motifs gothiques ». Cette maison fut démolie dans les années 1920. Gault avait également une maison d’été, GLENBROOK, à Georgeville, dans les Cantons-de-l’Est.

ROKEBY vers 1880.

ROKEBY avant sa démoliton rue Sherbrooke en 1924.

Résidence « Rokeby » de A. F. Gault, à l’angle des rues Sherbrooke et Mountain, Montréal, QC. Photographie par William. Notman & Son, vers 1885.  Une autre photographie associe cette maison à H.A. Gault, mais elle appartient bien à A.F. Gault, qui la fit construire en 1875.  ©Musée McCord d’histoire canadienne, Montréal, VIEW-2464. Collaboration spéciale dans le cadre d’une entente de partenariat.

VILLA DE ANDREW FRÉDÉRICK GAULT À CACOUNA (LE PAYS DU PORC-ÉPIC EN AMÉRINDIEN).

L’AUBERGE DU PORC-ÉPIC – ST-GEORGE-DE-CACOUNA

Aujourd’hui c’est l’Auberge du Porc-Épic 4* à St-George de Cacouna.

Point étonnant non plus qu’au dix-neuvième siècle, lorsque le train et le bateau permirent de s’y rendre facilement, Cacouna soit devenu un lieu de villégiature à la mode et huppé .  On y venait pour jouir de son air frais et sain, ainsi que des bains de mer, réputés bénéfiques pour la santé .  L’afflux touristique fut à un moment tel que, malgré l’existence de plusieurs grands et chics hôtels, aujourd’hui disparus, des villageois transformèrent leur « fournil » en résidence d’été et louèrent leur propre résidence aux riches touristes .

Parallèlement, des membres de la riche bourgeoisie anglaise de Montréal se firent construire, sur la falaise et face au fleuve, d’élégantes villas dans l’esprit du style dit « pittoresque ».  L’idée centrale de ce courant architectural était « d’intégrer le bâtiment à son environnement naturel », de façon à le « fondre dans son décor » (Laframboise) .

D’où ce patrimoine architectural exceptionnel qu’on peut toujours admirer à Cacouna et dont fait partie l’auberge .  En plus d’élégantes maisons canadiennes d’inspiration normande, certaines étant toujours flanquées de leur « fournil », on peut y admirer ces villas, plus originales les unes que les autres, que « les Anglais » s’y sont fait construire.

La villa qu’occupe l’auberge fut construite en 1878 par M. Andrew Frédérick Gault, considéré à l’époque comme le « roi du coton » au Canada .  Il fut entre autres le président de la société Dominion Cotton Mills, devenue par la suite la Dominion Textile.  Isolée de la route et des propriétés voisines par un épais boisé, L’Auberge du Porc-Épic 4* surplombe le « grand fleuve » Saint-Laurent, du haut d’une falaise.  Le paysage qui s’offre à la vue depuis la grande galerie ou encore à travers les fenêtres et les portes françaises du salon ou de la salle à manger est grandiose .  Vous serez subjugué(e) lorsque le soleil embrasera le ciel en fin de journée et s’abîmera lentement derrière la ligne d’horizon formée par les Laurentides, de l’autre côté de « la mer ».

LA MAISON GAULT AU MONT-ST-HILAIRE (RÉSERVE NATURELLE GAULT).

LA MAISON GAULT (salle de réception) à Mont-Saint-Hilaire au 422 Chemin des Moulin. Elle appartient à l’université McGill. (Réserve naturelle Gault).

En raison de ses succès en affaires, Gault pouvait se permettre d’être grand philanthrope, il donnait une part de son argent, et ce qui revenait au même, de son temps à son Église et à sa communauté. Ainsi, il fonda l’institut Gault à Salaberry-de-Valleyfield, il fut trésorier du synode du diocèse de Montréal et délégué au synode général de l’Église d’Angleterre au Canada. En outre, il fut trésorier du Robert Jones Memorial Convalescent Hospital, président de la Maison protestante d’industrie et de refuge de Montréal, vice-président du Andrews Home, membre du United Board of Outdoor Relief et membre du conseil universitaire de McGill. Il soutint fidèlement son église, St-George, en tant que marguiller et surintendant de l’école du dimanche.

INSTITUT GAULT À SALABERRY-DE-VALLEYFIELD

L’institut en 1879.  Institut Gault au 17 rue Gault à Salaberry-de Valleyfield au Québec.

Institut Gault a été créé par Andrew Frédérick Gault. Il a créé cette école pendant le temps ou la Montreal Cotton Mills était en opération. Pour chauffer l’école à un moment donné il a utilisé des tuyaux souterrains reliant l’école et la filature de coton car à l’époque, il n’y avait pas d’électricité.

Il est difficile de déterminer combien d’argent Gault donna à des bonnes causes. À sa mort, la plus grande partie de sa fortune passa, en fiducie, à sa femme et à ses deux enfants. Lorsque sa succession fut enfin réglée, en décembre 1915, son fils et sa fille reçurent chacun 1 307 888,35 $. En outre, il légua par testament un total de 54 000 $ à des œuvres : McGill, le synode du diocèse de Montréal et la Maison protestante d’industrie et de refuge de Montréal reçurent chacun 10 000 $, le Montreal Diocesan Theological College 12 000 $, l’hôpital général de Montréal 5 000 $, l’hôpital protestant des aliénés de Verdun 2 000 $ et enfin, la mission de Sabrevois, le Sheltering Home, la Young Men’s Christian Association, l’Association chrétienne des jeunes femmes de Montréal et une certaine Mme Frost, pour son travail d’évangélisation, 1 000 $ chacun.

Gault avait donné bien davantage de son vivant. Il versa au total entre 150 000 $ et 200 000 $ au Montréal Diocesan Theological College, notamment pour un nouvel immeuble inauguré en 1896. Six ans plus tard, il donna 5 000 $ à l’église St-George pour l’érection du clocher. En 1899, il paya les cloches, l’horloge extérieure et le carillon. En plus, il fit beaucoup de dons sous le couvert de l’anonymat. L’évêque James Carmichael lui rendit hommage en disant qu’il avait été « l’un des hommes les plus aimés à n’avoir jamais vécu à Montréal ». « Pas une fois, précisait Carmichael, je ne lui ai demandé en vain de l’aide pour les pauvres, les malades et les nécessiteux. À maintes reprises, il m’a donné cette assistance spontanément, et pas seulement dans ses dernières années, où il était fort à l’aise, mais aussi dans les premières heures de notre amitié, à l’époque où il avait l’avenir devant lui. C’est ainsi que je l’ai connu, c’est ainsi que des centaines de gens l’ont connu : cet homme bon et généreux faisait souvent le bien littéralement à la dérobée. »

Andrew Frederick Gault mourut en juillet 1903 d’une inflammation rénale, le mal de Bright (choléra). Il fut inhumé au cimetière du Mont-Royal le 10 juillet 1903, selon le Montréal Daily Star, on n’avait guère vu de funérailles « plus imposantes  à Montréal depuis des années ». Le cortège funèbre était gonflé, peut-être à juste titre, par « tous les employés de la Gault Brothers et de la Dominion Cotton Mills ».

RÉFÉRENCES:

http://www.biographi.ca/009004-119.01-f.php?id_nbr=6731

http://www.museevirtuel-virtualmuseum.ca/index-fra.jsp

3 réflexions sur “ANDREW FRÉDÉRICK GAULT, LE ROI DU COTON DU CANADA.

  1. Merci beaucoup pour ce beau travail de recherche. La photo des maisons de la Montreal Cotton montre les maisons de la rue Stevenson, les nos 3 à 17 ont été construites en 1923 et les nos 19 à 37 l’ont été en 1923.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s